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Né au Louvre dans une famille déja illustre dans la
peinture, Horace Vernet fut peut-être
le peintre le plus populaire de son temps. Ami des troupiers avec
lesquels il bivouaquait, il eut toute sa vie l'estime des plus grands.
Jérôme Bonaparte, Napoléon 1er, Charles X, Louis
Philippe et sa famille, le Tzar Nicolas 1er, Napoléon III
lui commandèrent leurs portraits. Le roi de Prusse l'a appeler
à deux reprise auprès de lui et il n'est pas jusqu'au
Pacha d' Egypte qui ne le fasse venir en Syrie pour peindre en 1839
la Bataille de Nézib.
Ces nombreux voyages à travers l'Europe et en
Afrique ont très tôt disperser un oeuvre abondant.
Une salle entière, la galerie de Constantine au chateau de
Versailles lui fut réservée par Louis-Philippe pour
peindre la campagne d'Afrique.
L'auteur de notre tableau, Paul Delaroche fut lui-même très
tôt membre de l'Institut, dès 1832, à 35 ans,
grâce à un rapide et impressionnant succès comme
peintre d'histoire. C'est aussi un remarquable portraitiste.
Ses portraits selon Charles Blanc " suffiraient
pour établir ses titres à la maîtrise, car tous
ceux qui ont étudié la peinture savent que rien n'est
plus difficile qu'un portrait , et que c'est la pierre de touche
des grands artistes.(...) Doué lui même d'une personnalité
forte, Delaroche était fait pour comprendre celle des autres.
Aussi, pas un de ses portraits qui ne trahissent un tempérament,
qui ne révèle une ame.(...) Tantôt voulant exprimer
l'orgueilleuse roideur d'un ministre pour qui la tribune était
une chaire de professeur, il emploie des contours ressentis, une
manière sérrée, précise jusqu'à
la sécheresse, tantôt il adopte un faire moelleux,
une touche passée et beurrée, comme pour répondre
aux idée de douceur et de bonhommie que lui inspire le patriarche
de l'immigration polonaise. Mais toujours son personnage est tout
d'une pièce ; il est peint comme il est conçu, il
est un."
En
plus
d' une qualité évidente dont l' absence serait d'
ailleurs peu explicable, notre tableau a ce caractère exceptionnel
de représenter un grand peintre comblé
de gloire et de considération, par un autre membre du ghota
de la peinture. Lorsqu' il peint notre tableau en 1846, la
renommée de Paul Delaroche est immense, et dépasse
depuis longtemps les frontières européennes; il est
membre des académies de Milan, de Vienne, de St Luc à
Rome, d' Amsterdam, de St Petersbourg, de Naples, de Belgique, d'Ecosse
et des beaux-arts de Prusse. L'estime des deux hommes est réciproque
(1) et l' admiration pour l'aîné s' est peu à
peu transformé en amitié confraternelle, avec une
note de déférence vraissemblable, due par un gendre
respectueux.
Car
Il s' agit aussi d'un portrait de famille. Onze ans plus tôt,
le 28 janvier 1835, Paul Delaroche a épousé Louise
Vernet, fille unique d' Horace. En 1846, les deux hommes viennent
de subir la même perte atroce: Louise est décèdée
le 18 décembre 1845; la cérémonie s'est faite
le 22 décembre à l'église Notre Dame de Lorette
en présence de plus de quatre mille personnes.
Paul Delaroche ne s'en remettra jamais (2) et l'autre portrait,
ci-contre, au crayon et sanguine qu'il fait d'Horace en 1846 est
loin d'être celui du conquérant bon vivant et volontier
facécieux (3) à qui tout a toujours réussi.
Le regard reflète toujours la prontitude d' observation et
la lucidé qui permet de dominer d'ordinaire les obstacles;
mais il est aussi emprunt d'une profonde tristesse, à la
limite peut-être de la désespérance.
Notre tableau est postérieur de plusieurs mois, puisque nous
voyons apparaître une barbe au menton encore modeste par son
importance, assimilable à la "royale" à
la mode sous Louis XIII, et qui annonce "l'impériale
"ou autre "barbiche" qu'il gardera jusqu'à
la fin de sa vie; nous sommes proche du second empire.
C'est
aussi le temps des portraits en habits noirs, émanent d'une
nouvelle clientèle rendue nécessaire par le rétrécissement
du marché de la grande peinture; victime à la foi
d'une monarchie constitutionnelle devenant économe et de
l'appauvrisement, dans tout les sens du terme, de la production
réligieuse. La vanité n'est évidemment pas
le moindre prétexte de se faire portraiturer pour nombre
de bourgeois enrichis. Bien qu'issus du même milieu, les artistes
dont le romantisme et la culture s'accommodaient volontier d'un
mécénat plus aristocratique, ont tendance à
les mépriser.
Encore que Delaroche a le bonheur, ou l'a propos, de ne peindre
que les plus éminents politiques comme Guizot, de Salvandy,
de Rémuzat ou Thiers, les plus riches banquiers comme Mallet,
Delessert, Hottinguer, de Pourtalès- Georgier, les plus puissants
industriels comme Aubé, Schneider ou Péreire.
Pour cela sans doute et bien que d'une justesse sans concession
soutenu par une technique irréprochable, aucun de ces portraits
n'approche la vulgarité ou la caricature féroce d'un
Bertin l'Aîné . S'il eut fallu d'ailleurs créer
l'exacte antithèse du flasque rapace qui enthousiasma tant
Baudelaire, (3) notre Horace Vernet pouvait convenir.
Paul
Delaroche, avec peut-être son modèle, a choisi de représenter
le grand artiste, homme du monde. L'habit,
d'un gris sombre à peine teinté de bleu se devine
tout au plus. Un subtil camaïeu sourd traduit une étoffe
souple, douce au touché. Plus seiche, la stricte cravate
d'un noir marine se contente en quelque sorte de continuer l'habit,
sans attirer autrement l'attention qu'en répartissant judicieusement
les quatre éclats blancs du tableau, dont les deux plus discrets
soulignent la tête.
En sorte que toute l'attention " vestimentaire " se concentre
sur le raffinement du gilet: résultat en aussi peu d'espace
d' une sublime gestion des harmonies ton sur ton et des oppositions,
parachevée par les subtils rappels de l'exacte complémentaire
ocre sombre faisant écho aux minces filets bleus.
La cravate et le gilet restent au demeurant les seules singularités
permises dans le cortège uniforme des habits noirs du temps;
parfois un gant ou la texture d'un chapeau, mais il s'agit d'accessoires.
L'entier accessoire se limite ici à une discrète Rosette
de la Légion d' Honneur (4) et les rayures du gilet souligne
d'ailleurs la rigueur quelque peu militaire d'un éblouissant
dandy romantique certe, mais néanmoins capable d'ascétisme
dans sa boulimie de travail.
On
ne s'étonnera pas que l'éclairage se concentre sur
le front du grand artiste. Le
regard emprunt de scepticisme, ainsi que la sobriété
du maintien, expriment cette fierté sans ostentation que
donne la conscience d'une supériorité aristocratique
de l'esprit. Avant de loger à l'Institut, Horace Vernet recevait
souvent l'élite de la socièté parisienne dans
la somptueuse villa qu'il habitait à Versaille. A l'époque
de notre tableau il habite, ainsi que Paul Delaroche, rue de la
Tour des Dames, au coeur du quartier élégamment surnommé
"la nouvelle Athènes". Il
faut imaginer la qualité des tours de table représentant
tout un olympe en habit noir, de demi dieux de l'art,
poêtes, peintres, musiciens, comédiens, écrivains,
réunis au café Anglais, au café Riche, ou dans
les hotels particuliers environnés d'ombrage de ce quartier
du 9ème arrondissement, encore parcemé il y a 160
ans de coins de campagne et ou se cotoyèrent pendant plus
d'un demi siècle, à peu près toutes les autres
célèbrités romantiques de notre histoire.
Delaroche, avait à peine 27 ans lorsqu'il exposa sa Jeanne
d'Arc au salon de 1824, qui, selon les termes d'Eugène de
Mirecourt lui acquiert d'emblée " un rang parmi les
artistes les plus célèbres de son temps. " Suivent
la Mort d'Elisabeth en 1827, Le Cardinal de Richelieu
sur le Rhône en 1829, Les Enfants d'Edouard en
1830, Cromwell en 1831. En 1834, le duc d'Orléans,
fils aîné du roi Louis-Philippe, est si satisfait de
l'Assassinat du duc de Guise, qu'il en double spontanément
le prix demandé. Selon le Magasin Pittoresque de la même
année, le Lady Jane Grey exposé pendant six
mois au Salon suscite également l'enthousiasme:" depuis
de longues années, nulle uvre d'art n'avait encore
obtenue un succès plus populaire que la Jeanne Gray "
( Le Jane Gray ainsi que le Cromwell et l'Hémicycle,
sont commentés sur notre page html Charles
Baudelaire
C'est
en juin1834 que Delaroche fait son premier voyage en l'Italie, "
pour faire son noviciat et réfléchir aux grands exemples
du passé. " Il séjourne à Florence, Pise,
Arezzo, Sienne, et Rome enfin ou il est l'hôte d'Horace Vernet
alors directeur de l'Académie de France à la Villa
Médicis. Au retour de Rome, il reprend en 1835 l'atelier
de son maître Gros, dont le suicide pouvait être lié
au pouvoir grandissant et à la violence de la critique.
A cause de cela, ou de l'attitude de Thiers sur le projet de l'Eglise
de la Madeleine, ou les deux, il prend ses distances avec le Salon.
Il refuse de participer à celui de 1836. Le salon de 1837
sera pour lui le dernier. L'hémicycle de l'école
des Beaux-Arts, inauguré en 1841 restera la dernière
manifestation publique de son talent, après laquelle il délaissera
les grandes compositions historiques.
Sa réputation est faite. Ses tableaux sont destinés
à une élite, conservés dans les collections
des familles royales, des plus riches aristocrates, ou banquiers
; sans doute est-il au milieu du XIXe siècle
le peintre le plus connu et le plus apprécié du monde
occidental. Louis Philippe lui confie
en 1838 une commande de cinq tableaux pour le pavillon du roi à
Versailles. La grande bourgeoisie d'affaire n'est pas en reste.
Prestigieux collectionneur helvétique,le comte de Pourtales-Georgier
achète le Cardinal Mazarin et le Cardinal de
Richelieu dès 1831.
Le prince Alexandre Demidoff est un autre fastueux amateur. Marié
à la princesse Mathilde Bonaparte, Demidoff est propriétaire
de la Tentation de St Antoine et plus tardivement, en 1865,
du Lady Jane Grey ; c'est un commanditaire et ami influent
en Europe de l'Est. Deux tableaux importants partent en Europe centrale
: Les Pèlerins de Rome grâce à Anasthasius
Raczinsky, membre d'une des plus grande familles de l'aristocratie
polonaise - la version originale du Napoléon à
Fontainebleau est d'autre par achetée par le banquier
Heinrich Schletter. Le tableau prendra une place primordiale en
1858 dans le fond du nouveau Musée der bildenden Künste
de Leipzig. Thomas Baring est un autre financier amateur de Delaroche,
britannique celui-là.
La reine Victoria, peut-être influencée par la famille
d'Orléans apprécie également Delaroche. Elle
lui achète au moins trois tableaux et par la suite lui restera
fidèle (6), ainsi que d'autres membres de l'aristocratie
britannique, comme la comtesse douairière de Sandwich, le
duc de Sutherland et son frère, futur conte d'Elesmere. Le
quatrième marquis de Hertford qui vivaient plus volontiers
en France entre son hôtel de la rue Laffitte et le château
de Bagatelle acheté à Louis- Philippe en 1835 occupe
une place à part. Il n'achète
pas moins de douze tableaux, quelques-uns plus tardivement
proviennent de la Vente du comte de Pourtàles en 1865, dont
le Richelieu sur le Rhône et le Cardinal Mazarin
. Cet ensemble constitue aujourd'hui le plus important rassemblement
d'uvres de Delaroche. Il a fait l'objet d'une étude
récente de Stephen Duffy , publiée, en 1997 : "
Paul Delaroche, Paintings in the Wallace Collection "(5).
Les
chercheurs anglo-saxon au demeurant semblent les plus soucieux d'extraire
Delaroche de l'oubli profond dans lequel il fut enseveli depuis
plus d'un siècle. Ce phénomène résultait
de profonds changements, à la fois du goût et des commanditaires.
Emergeant
en France moins de deux décennies après la disparition
de Delaroche, une nouvelle gamme colorée apparaît,
libérée des références séculaires
à la nature. Le dessin, l'anatomie, la perspective, le modèle
deviennent accessoires, voire académiques et contraignants.
Il ne s'agit plus tant pour le peintre, de représenter, mais
de " traduire ".
L'apparition simultanée en France des premiers marchands
de tableaux accrédite cette peinture " moderne "
et réussit à l'imposer outre atlantique, ou se concentre
la richesse à l'aube du XXe. siècle. Contre
toute attente, cette rupture jugée d'abord extravagante,
au point de faire à l'origine figure de délit, est
devenue l'usage et du coup, les ultimes héritiers
de six siècles d'évolution de peinture européenne
firent opportunément figures (le moule pour les marchands
étant cassé), de dinosaures, passéistes, académiques,
archaïques ou autres empècheurs attardés, coupables
de ne pas avoir su voir ou comprendre l'évolution de l'art
etc
Un
autre paradoxe tout aussi français, fut plus spécifiquement
préjudiciable à Delaroche et Vernet qui furent ses
têtes de turc (x). Il
s'agit de la "sacralisation" posthume de
Baudelaire avec la vulgarisation
qui s'ensuit d' éreintages systématiques
et autres divagations sur l'art, y compris la
distanciation entre l'art, la vérité et la morale,
dont la France il est vrai se passe avec constance; renouvelant
depuis et jusqu'à la nausée, les acclamations du 30
septembre 1938...(commentaire d'avril 2003).
Outre la monographie de Stephen Duffy, deux autres études
fondamentales furent récement consacrées à
Delaroche outre Manche: La thèse de Norma Ziff en 1977, et
en 1997, l'important ouvrage de Stephen Bann, professeur à
l'université du Kent à Canterbury.
Enfin un premier pavé de près de 340 pages en langue
française apparait en 1999, aux éditions des Musées
Nationnaux en collaboration avec les villes de Nantes et de Montpellier
(7).
On sait l'appauvrissement gradué de la peinture religieuse
commencée à la fin du XVIIe. siècle. Le pinceau
à l'origine, guidé par la ferveur passe entre des
mains plus tièdes, la communion s'éloigne à
proportion, on ne saurait transmettre ce qui vous est étranger,
et s'il permet parfois d'atteindre au sublime,
l'art religieux plus qu'un autre est indissociable de la sincérité.
Aussi le manque de souffle est-il une constante de la production
du XIXe, confinée par essence dans des redites, mais qui
deviennent insipides, en ce qu'elles ne surmontent plus l'écueil
d'un sentimentalisme mièvre, dérangeant, plus propre
à déconcerter qu'a convertir les derniers indécis.
Les
dernières peintures de Delaroche qui faillirent
disparaître avec lui des mémoires, suffiraient à
racheter ce naufrage. Le
mérite revient à Stephen Bann de nous les faire redécouvrir
et nous saluons l'attention de Mesdames Allemand-Cosneau et Isabelle
Julia qui concluent leur ouvrage en reconstituant ce que Charles
Blanc qualifiait de testament du peintre. Ces petits tableaux à
jamais sans doute dispersés, nous parviennent ainsi rassemblés,
la cohérence et l'émotion restituées grâce
au livre et à la magie d'une photogravure de grande qualité.
Mme
Isabelle Julia a retrouver les témoignages et commentaires
du temps: par Barbey d'Aurevilly, Louis Ulbach et Charles Blanc
sur lesquels il serait présomptueux d'ajouter. "
On ne peut décrire avec des mots cette scène de deuil,
ou le peintre a si vivement exprimé, et avec tant d'âme
toutes les variantes de la douleur, la désolation des saintes
femmes , l'affliction profonde, mais mâle et contenue, de
saint pierre, le tendre désespoir de saint jean, et cette
angoisse inénarrable de la vierge qui, se dressant sur ses
genoux, regarde passez les bourreaux. Avec une délicatesse
infinie, le peintre a fait sentir le caractère virginal de
la maternité de Marie, et je ne sais quelle nuance de respect
pour ce fils qui est un Dieu
Le Retour
du Golgotha , La Couronne d'épine sont encore des
morceaux d'une beauté imprévue, d'une poésie
lugubre et pénétrante. Ce fut le testament du maître
". Il s'agit d'un court extrait
de l'hommage de Charles Blanc aux tableaux que Delaroche a peint
la dernière année de sa vie.
Pour se satisfaire lui même - selon Eugène
de Mirecour - "dégagé de tout le poids des
traditions ordinairement imposées à ceux qui traitent
un pareil sujet (...) Delaroche conçu de faire une suite
de compositions sur la mort du Christ, mais considérée
d'un point de vue nouveau, comme s'il eut lui même assisté
au drame.
Il peignit donc dans de petites dimensions Jésus
au jardin des Oliviers, et L'Ensevelissement
du Christ. Puis il représenta les saintes femmes à
genoux dans une chambre sombre. A leur tête la Vierge Marie,
mère de Jésus. Elles aperçoivent par une fenêtre
les piques des soldats qui conduisent l'Homme -Dieu au supplice.
Dans cette scène profondément triste, la douleur réelle
est exprimée avec tant de sincérité, que l'âme,
remplie de ce spectacle, ne demande plus rien au peintre. Poursuivant
cette uvre terrible, l'artiste peignit la Vierge rentrée
dans sa chambre et considérant avec une douleur indicible
la couronne d'épine teinte du précieux sang de son
fils. Enfin il était en train de travailler au dernier acte
de ce drame lugubre , L'Evanouissement de
la Vierge entourée des apôtres et des saintes
femmes lorsque la mort l'a subitement frappé ".
La Sainte Véronique
est peinte très peut avant, datée aussi de
1856. Il se peut que Delaroche avec elle, ait voulu rappeler la
vanité des évolutions stylistiques entreprises depuis
le milieu du XVe. siècle.
Les subtilités pour l'essentiel de la peinture à l'huile
étaient acquises, l'anatomie et la perspective maîtrisées;
un merveilleux moyen d' exprimer arrivait à maturité,
et certains artistes du quattrocento étaient techniquement
en mesure d' atteindre la vérité. Le
reste est affaire de cur, et de foi, la toile une commodité
à venir et Delaroche s'est exceptionnellement servi d'un
panneau de bois, installant pour peut-être pasticher Mantégna,
Sainte Véronique en un savant raccourci, construit
avec la touche sèche et méticuleuse de ce maître.
La tonalité de l'ensemble ainsi que l'opposition d'un fond
brossé en larges empreintes sombres dissipent l'ambiguïté.
Mais le message subsiste, de vérités simples, intangibles.
L'art pour l'art, l'artifice, l'évolution même est
une farce, sans la simple, mais combien nécessaire possession
du métier. Ce manifeste aurait peut-être mérité
plus d'échos, à une époque ou se profile alentours,
selon Barbey d'Aurevilly : " les
tamiseurs de soleil sur la toile et arrêteurs de contours,
la rage matérielle de la couleur qui est toute la peinture
pour les buveurs de vermillon ."
Seule certitude, la peinture religieuse ne
sera jamais rescucitée. Mais laissons, pour conclure
sur la personnalité du peintre, les derniers mots à
Charles Blanc:
" Ainsi, qu'on examine sa vie ou son uvre, on en
revient toujours à admirer, dans Paul Delaroche, un caractère.
Oui, un caractère, et cela est assez rare de nos jours, chez
les artistes comme ailleurs, pour qu'on y prenne garde.
Réservé jusqu'aux apparences de la froideur, Delaroche
était(
) un homme généreux et dévoué,
un excellent ami, plein de droiture, de désintéressement
et de grandeur d'âme. Mieux que personne, peut-être,
nous avons pu savoir ce qu'il fit, en 1848 (8), pour venir en aide
à ses camarades(9). Il prit alors,
pour les autres, le rôle de solliciteur qu'il était
incapable de prendre pour lui, bien résolu d'ailleurs
à n'accepter aucun travail, malgré le dépérissement
subit de sa fortune, dont il ne parlait point. Il écrivit
au directeur des Beaux Arts, sur la détresse de quelques
uns de ses élèves, des lettres toutes remplies de
l'éloquence du cur, et qui jetteraient une belle lumière
sur sa biographie " |