Mary
Newcome, conforte l’hypothèse d’une participation à
l’atelier de Piola entre 1677 à 1689, par la ressemblance
entre les œuvres d’Alessandro et celles d’autres artistes
actifs dans le même atelier. Elle souligne la parenté d’une
Procession de clercs de Bartholoméo Guidobono peinte en 1681, faîte
de menues figurines inspirées de Callot, avec une autre Procession
de Magnasco défilant…environ 16 ans plus tard dans un Paysage
de Péruzzini. Cette facilité à installer ou multiplier
comme autant d’acteurs secondaires ces petites illustrations sinueuses
qui caractériseront plus tard l’art de Magnasco est également
attestée par des dessins, lavis et fresques de Paolo Gérolamo,
deuxième fils de Piola, à peine plus âgé qu’Alessandro.
Il
paraît aujourd’hui certain que Magnasco s’installe à
Milan entre 1690 et 1703. Il commence dans l’atelier de Filippo
Abiatti, mais sera plus volontiers influencé par les langages plus
épiques des Cairo ou Cerano, auxquels s’ajoute d’autres
témoignages, plus visionnaires ou préromantiques laissés
à Milan par Salvador Rosa. Un certains nombres de portraits datent
vraisemblablement de cette époque, que Magnasco délaisse
pour se consacrer assez tôt à la peinture de genre sur des
toiles de petits formats : la Réunion de Quaker est datée
1695. Mais il est probable que Magnasco est reconnu dès avant cette
date comme un spécialiste en « petites illustrations »
; et collabore déjà étroitement à ce titre
à une production traditionnelle de scènes sacrés,
mythologiques ou pastorales.
A
partit de là, les influences et échanges vont se multiplier,
plus principalement avec les paysagistes résident ou séjournant
à Milan. Antonio Francesco Peruzzini parait avoir un rôle
d’initiateur dans ce domaine. Il est un aîné de plus
de vingt ans, bénéficiaire de commandes pour de grandes
familles bolognaises, puis lombardes et toscanes dont Ferdinand de Médicis.
La veine fantastique des paysages Peruzziniens, servie par un pinceau
audacieux et rapide, riche de généreux empâtements
distribués parfois en zig-zag dut séduire l’esprit
imaginatif du jeune Magnasco. Une symbiose artistique s’ensuit qui
va lier les deux peintres pour près de trois décennies,
sans qu’il soit permis d’établir une zone de démarcation
précise entre les paysages et les illustrations qui les animent.
Lesquelles ne sont pas toujours obligatoirement ou entièrement
de la main de Magnasco, et inversement.
Le
partage des oeuvres avec Peruzzini, n’est pas le seul à s’inscrire
dans la durée. Une collaboration semblable et pourrait-on dire
complémentaire s’installe durablement avec Clémente
Spéra, (1662-1742) autre peintre milanais un peu plus âgé
que Magnasco, dont les connaissances en architecture et décors
de théâtre font surgir de magistrales perspectives ruinistiques
qui confortent le registre romantique dont ce groupe pourrait faire figure
de précurseur.
Carlo
Antonio Tavella peut être en premier, est un excellent paysagiste
dont la famille est génoise. Il naît cependant à Milan
en 1668 et sera formé dans cette ville jusqu’en 1688. Il
à l’âge de Magnasco; les deux peintres deviendront
et resteront ami. Comme Magnasco, Tavella reviendra définitivement
à Gênes, ou il s’établi dès 1701. Il
y fut le plus illustre peintre de paysage de la ville. Une collaboration
directe avec Magnasco parait probable entre 1688 et 1700 près de
la cour de Ferdinand de Médicis à Florence. Puis à
Livourne en 1707-1708 ou résidait le même prince en hiver,
collaboration cette fois étendue à Van Houbraken, peintre
de fleurs et de nature mortes actif dans cette ville et parfois à
Florence.
Un
document atteste d’autre part que Sébastiano Ricci, souvent
accompagné par son neveu Marco a habité Milan de janvier
1694 à septembre 1696. Sébastiano collabore avec Perruzini
dès 1696 et le Paysage avec Blanchisseuses, très proche
par le thème de notre tableau, réuni vers 1606-1607 le trio
: Magnasco, Sébastiano et Marco Ricci. A partir de 1706 en effet,
les deux Ricci séjournent plusieurs étés à
Florence sur l’invitation de Ferdinand de Médicis. Quatre
auteurs différents sont inscrit vers cette époque (1705),
pour un même commande représentant la Thébaïde
: Le Paysage des Bianchi de Livourne, les illustrations d’Alessandro
Magnasco de Gênes, la végétation de Nicolas Van Houbraken,
l’eau et les pierres de Marco Ricci, vénitien, ce dernier
présent à Florence avec son oncle Sébastiano. Magnasco
fut sans doute impressionné par cet aîné déjà
célèbre…mais en retour la personnalité de Magnasco
n’est pas sans influencer Sébastiano Ricci dont on peut dire
qu’il pastiche les figurines du génois dans son tableau des
Moines en prières tentés par les démons du Musée
de Grenoble.
Des
difficultés d’attribution surgissent à l’évidence
de ce creuset, dont ne furent pas exempt d’ailleurs les Moines en
prière de Grenoble.